• Seule. Désespérément seule. Sans cesser une seconde de l'être. Je me tourne vers le miroir. Aucun reflet n'apparaît, mon visage, triste et lourd, s'est effacé au fil de mes espérances meurtries. Dix-sept années de disparition progressive, dix-sept années de labeur à me détruire. Aucune phrase, aucun mot, aucune lettre. Points de suspension qui s'enfilent comme des perles sur les liens douloureux de mon existence. Je n'ai aucun poids dans le monde, dans mon monde, dans votre monde. Je ne compte pas. Voie inutile, superficielle, superfétatoire. Il n'est rien en moi qui puisse résister à votre regard injuste et scrutateur. Je m'efface. Je m'envole. Je m'éloigne. Sensiblement. En un instant. Cela ne change rien, présente, je suis absente, je suis loin, je ne suis plus là. Les autres, les autres ont cette chance de savoir rire quand il le faut, de s'imposer parfois, de parler, sans cesse. Je me tais. Mes mots, mes opinions, sont stupides. Exaspérantes. Je ne compte pas, je ne compte plus. Et puis, je ne me conte pas. C'est trop dur, trop compliqué, trop inutile. Qui me lit, qui me comprend, qui m'aide, qui me console ? Je me plains sans cesse. Je devrais avoir bien honte de le faire.

    J'ai bien honte de le faire.


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